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Écrire.

Va! Chante sans souci de mode ou de critique

Sans souci de lois ni de maîtres,

Selon le rythme de ton sang, selon ton âme,

Tes joies, ton amour, ta détresse.

Chante quand gronde en toi cette force invincible

Qui se libère par des mots.

Et dont tu ne pourrais, fût-ce au prix de ta vie,

Détourner la douce violence.

Yvonne HERMAN-GILSON 

Je parcourais « Légendes et Poèmes » de Bernard B. Dadié quand j’ai découvert ce poème en liminaire.
J’en suis tombée amoureuse.

Je n’ai malheureusement trouvé que très peu d’ informations sur Yvonne Herman-Gilson, et quasiment aucun de ses ouvrages à vendre sur le net.

A votre prochaine visite en librairie donc, ouvrez les yeux, vous ferez une heureuse!

Intermède parisien

Pour un fantôme de retour, vous me direz que je suis encore très irrégulière par ici, et vous avez entièrement raison. Il faut dire que les jours filent à grande allure.

Il y a encore une semaine j’étais à Paris. Ah Paris! Ce vent de folie et de liberté qui souffle à chaque fois que j’y retourne me grise inlassablement. Et ce voyage avec son lot de retrouvailles n’a fait qu’ajouter à ce sentiment. Mes deux dandys et partenaires de crime, ma bordelaise d’amour après une longue année, ma petite soeur adorée que j’avais quitté en pleurs, nos ventres ronds, à l’aéroport d’Abidjan l’été 2009, et mon efapien préféré, retrouvé après 5 longues années d’exil! Et puis, il y a eu ma toute première rencontre avec la petite Hind et ses grands yeux khaki qui m’a fait le plus merveilleux des sourires, et 3 rencontres, avec 3 femmes, différentes, belles, fascinantes, qui chacune à leur façon, m’ont fait repenser les rapports féminité, âge, beauté.

Comme d’habitude, je n’ai pas eu le temps de tout faire, se déplacer avec mini princesse, et sa poussette super sonique dans ce Paris très peu accessible, conjuguer les emplois du temps de chacun et l’heure de la sieste, l’heure du bain et celle du dodo, demandent plus d’énergie, de temps et d’organisation que les jeux olympiques, mais quelque part, c’est ce côté survolté et incontrôlé de mes séjours parisiens qui les rendent si intenses à mes yeux.

Je vais en décevoir beaucoup, je suis rentrée de Paris avec une jupe et 2 blouses, chopées chez le suédois, autant dire, que j’aurais pu trouver ici. Je ne sais pas si c’est l’âge (oui oui, mon grand âge) ou le fait de trimballer une bombe à minuterie prête à hurler dès que je l’empêche de se mettre un cintre dans la bouche, mais je trouve quelque chose de franchement repoussant aux magasins en périodes de soldes. Le monde, le bordel, la frustration de ne jamais trouver les tailles qu’il faut, et le regard insolent de la nouvelle collection qui vous fixe, de son corner propret, l’air de se demander ce que vous faites là bas, dans les nippes mal rangées. Faut dire aussi que j’avais pris la sage décision d’aller faire les magasins Bd Haussmann un samedi après midi. Comprenez, la fille a quitté la grande ville depuis bientôt 4 ans.

Une qui n’est pas rentrée les mains vides, c’est Mistinguette à qui j’ai acheté la plus adorable petite parka du monde (chez Gap, dont la nouvelle collection est à en baver, littéralement presque!) et des superbes lunettes de soleil que j’ai quasiment forcé le vendeur à me céder. Oui, d’abord il m’a dit qu’elles étaient trop grandes pour ma fille, ce qui ne m’a pas arrêté, et au moment de les passer au scan, il m’a sorti « Ah mais par contre elles coûtent 8 euros! »… Je me suis sacrifiée pour ma fille, je les ai prises. C’est moi qui suis susceptible là, où la précision était complètement fortuite?

Quoiqu’il en soit, je suis rentrée épuisée et heureuse, pas du tout préparée pour mon examen de norvégien, et encore moins pour affronter mon premier jour de boulot, mais comme toujours (enfin non, comme souvent!) j’ai tenu la route. Pour l’examen, je ne vais pas faire la fine, il était très simple, quiconque a suivi un peu sérieusement son trimestre de cours, ou vécu plus de 2 ans par ici devrait le passer les doigts dans le nez. Les résultats seront connus autour du 7 mars, donc si je me plante, vous avez carte blanche pour ironiser sur mon échec de sale craneuse. Je vous le permets.

Reprendre le travail après 16 mois de pouponneries, c’est d’une brutalité! (Et là si mon nouveau patron passe par ici, je risque de redevenir bloggueuse à plein temps!). Je me réveille à 6h du matin, sans la perspective de pouvoir me recoucher avant 23 heures, en me disant que je vais voir ma fille 2h30 et surtout en me disant que le lendemain et tous les autres jours qui suivront jusqu’au vendredi, ce sera la même chose. Oui, ma vie est trop dure, j’ai un boulot, je sais.

Le boulot en lui même m’intéresse énormément (heureusement!!! ) et happe mon esprit dès que je passe la porte du bureau. Retour à mes premières amours, la comm et le marketing, sur le terrain, les mains dans la pâte et autour d’un produit avec lequel j’ai tant d’affinités, le vin! L’environnement est international à souhait, et je renoue avec mon espagnol (ne vous étonnez par si je commence à vous mettre des « pero » dans les phrases, je ne m’y retrouve plus très bien moi même).

Un programme bien rempli donc, mais avec lequel je veux pouvoir concilier la vie (la survie oui!) de ce blog. Je sais, ça ne va pas être simple, parce que non contente d’être la reine de la procrastination, je ne suis pas une rédactrice prolifique, j’écris chacun de mes textes au compte-goutte, me relis constamment et ne publie que ce qui me parle vraiment. Donc il faudra de la méthode et de l’organisation. Mais bien sûr! Je devrais savoir faire ça maintenant que je suis une maman.

P.S: Merci à toutes pour vos supers commentaires, je dois avouer que je ne suis pas peu fière de les lire (comme Ben le dit si bien « j’écris pour la gloire »), je suis désolée de ne pas pouvoir vous répondre vite et personnellement, mais sachez que j’y travaille!!!

Politique malafricaine

Attention ceci est un billet à tendance politique, avec digressions et contradictions à vous en faire perdre la raison…

Pour un peu que vous lisiez les infos, vous devez savoir que nous sommes de nouveau sous les feux de la rampe.

Nous, les ivoiriens, pauvres de nous.

Pour ceux qui nous suivent en direct de Mars, il y a eu dans mon pays des élections présidentielles (retenez bien ceci, car selon moi, beaucoup de nos problèmes viennent de cet amalgamme.). Oui oui, rien que ça. Depuis le temps qu’on les attendait, c’est vous dire combien nous étions heureux et pleins d’espoir. Espoir que la stabilité revienne, espoir que les barrages s’en aillent, espoir que les diplomes, enfin, servent. Et nous avons voté.

Et les problèmes ont commencé. Voyez vous, ces éléctions ont marché, elles ont tellement bien marché qu’au lieu d’un, on a eu deux présidents! Monsieur Laurent Gbagbo (LG), président sortant candidat à sa réélection, déclaré vainqueur par son pote du Conseil Constitutionnel, et Monsieur Alassane  D.Ouattara (ADO), ancien premier ministre jusqu’ici tenu à l’écart de la candidature à la présidence par une conjonction de coordination (grammaire du primaire les gens… « mais ou et donc or ni car »), et déclaré vainqueur par le monsieur de la commission électorale à son hotel.

Les semaines passent, la situation se fige, la cocasserie se mue en inquiétude, et je me demande s’il est possible qu’on bafoue les droits d’un peuple avec une telle trivialité.

Les parties en cours, communauté internationale incluse ont cautionné l’organisation des élections alors que le désarmement n’est pas effectif, or on sait quand même que liberté d’expression et hommes en armes ne font pas si bon ménage. Pourquoi? Peut etre parce que le désarmement total n’était pas possible, ce qu’on pourrait comprendre. Je suppose donc que chaque partie a estimé que le taux de désarmement était suffisamment bas? contrôlé? tolérable? pour ne pas gêner le bon déroulement des élections, et a ainsi accepté d’encourir le risque que les élections soient un peu plus opaques à certains endroits. Genre ils se sont dit « Pour la démocratie on repassera, mais on fait avec les moyens du bord« . Donc monsieur LG devrait-il aujourd’hui demander l’annulation des votes dans les départements controlés par les rebelles afin d’avoir son fauteuil? Je ne crois pas. A-t-il le droit de suspendre la diffusion des chaînes étrangères , les accusant de servir le camp Ouattara quand lui même va monopoliser la radio télévision nationale pour diffuser des messages défendant son camp, et forçant au passage mes concitoyens à regarder Frijolito? (Les amis, Frijolito c’est la tele novella du moment, c’est nunuche à mort, mais à la différence de Plus belle la vie, comme ça se passe très loin, on leur pardonne.) Pire, a-t-il le droit de contraindre ses rivaux et leurs partisans à l’enfermement, même dans un cadre aussi beau que le Golf Hotel? Il me semble que non. Et d’ailleurs, si je me sentais totalement à l’aise et légitime quand à l’issue de ces élections, je me donnerais moins de mal. Je dis ça, je dis rien.

Après, si on se dit un seul instant que LG n’est pas celui qui pipote dans cette histoire, tout paraît un peu moins clair. On peut commencer à se demander pourquoi la communauté internationale qui a toujours laissé les « présictateurs » africains (oui dedans y’a président et dictateur)  emprisonner leurs opposants et gagner les élections avec 90% des votes au nom de la démocratie, aujourd’hui réfute absolument toute possibilité d’irrégularités dans une élection finie à 51 contre 49  ou  54 contre 46 dans un pays pas tout à fait pacifié? Pourquoi alors que les esprits sont aussi tourmentés et les opinions divisées, cette communauté internationale, non sans des accents impérialistes, entérine un candidat et somme l’autre de partir au risque de lui envoyer des troupes. Des troupes pour quoi finalement? Faire la guerre à Gbagbo et aux 49 ou 46% d’ivoiriens qui ont voté pour lui? Pourquoi ne pas reprendre les élections ou recompter les voix? Je suis d’accord que cela pourrait donner de mauvaises idées à de futurs candidats malheureux, mais n’y a-t-il pas moins à perdre à envisager cette solution qu’une intervention militaire? Si LG pense qu’il y a eu des erreurs, nous pouvons bien lui accorder le bénéfice du doute, et  recompter, tout comme nous l’accordons à ADO quand à sa supposée responsabilité dans le financement de la rébellion de 2002, rébellion dont l’ex porte-parole est aujourd’hui son chef de gouvernement. Tous ces points obscurs qu’on pourrait peut être songer à éclairer, car comme dans le cas du candidat malheureux, on ne veut pas non plus créer une jurisprudence du pompier pyromane.

Et pourtant, les gens ont arrêté de s’interroger. Mes compatriotes, amis, facebook friends, et même tous ceux qui n’y comprennent rien, se sont subitement érigés en grands experts en politique africaine, consultants chez Wikileaks et agents des RG, pour défendre leur position au moyen d’informations officieuses, douteuses, partiales et outrageusement partisanes. Tout le monde semble détenir un quelconque secret d’Etat qui lui permet d’affirmer sans sourciller que son candidat a gagné, que l’autre ment et que ses partisans pourraient tous crever. J’exagère à peine.

Je n’ai pas une grande conscience politique, c’est vrai, je ne milite pour aucun parti, et aussi cynique et pessimiste que cela pourrait paraître, je pense qu’on fait de la politique en Afrique pour satisfaire son égo et s’enrichir, quelqu’en soit le prix pour la population (qui puisse me prouver le contraire le fasse! Je n’attends qu’à être convaincue). C’est cela la politique malafricaine.

Et avec cette politique malafricaine, à coups de détournements de deniers publics, de négligeance professionnelle, et de corruption physique et morale, on a créé deux générations de chômeurs trop ou mal instruits qu’on peut envoyer à sa guise manifester, casser, intimider, revendiquer, des anti-toi, des anti-moi, des anti-lui , des anti-elle, des anti-eux mêmes si tant est que la paie tombe et qu’ elle assure la soirée. Des personnes à qui on a volé vie, rêves, espoirs et perspectives, qu’on a annihilées afin de rendre plus serviles, des drones dont on n’attend même plus le retour à la base, plus que disposés à les laisser crever pour que nos plans aboutissent, sans sembler croire que si elles aussi un jour avaient eu la chance d’avoir un emploi, le droit de posséder une maison, d’y développer des projets pour leur avenir, celui de leur famille, pour leurs loisirs, le droit de prendre le temps de découvrir la placide beauté du pays qui les entoure, elles auraient pu décider de ne pas se tenir sous le soleil cuisant avec « A chacun son français » entre les mains.

Donc Ouattara ou Gbagbo, Gbagbo ou Ouattara, je ne suis prête à rentrer en révolution pour aucun d’eux. Ni aujourd’hui, ni demain. Puisque l’un reclame une intervention militaire de l’ECOMOG (pour ceux qui ne connaissent pas la réputation de ces enfants de coeur, lisez Allah n’est pas obligé d’Amadou Kourouma ou faites un tour sur google, c’est effrayant; exactions contre les civils est presqu’aussi récurrent que le nom ECOMOG lui même)  et que l’autre s’en fout qu’on nous mette sous embargo d’ici peu (parce que de toute façon que les planteurs ne vendent plus rien et que toutes les entreprises ferment, on n’en crèvera que plus vite).

Le monde entier se rit de nous. Le pays aux deux présidents. D’ailleurs je rirais aussi si l’affaire n’était pas aussi grave. Mais l’affaire est grave, et nous pleurerions demain que personne ne pleurerait avec nous. Les mères porteront leurs enfants sans vie, leurs frères sans bras, leurs maris sans têtes, personne ne pleurera avec elles.

Le pays aux deux présidents.

La Côte d’Ivoire n’a pas 2 présidents. 2 nouvelles républiques se sont juste créées:

la République hôtelière du Golf * de monsieur Alassane Ouattara, soutenue et reconnue par toute la communauté internationale, même si ses habitants n’ont pas accès à l’aéroport international (mouhahahahah, c’est triste mais c’est un peu drôle)

-et la République Autarcique de Côte D’Ivoire, de monsieur Laurent Gbagbo et de ses proches qui sont privés de soldes d’hiver cette saison (faut pas rigoler avec Nicolas!)

En attendant, nous les ivoiriens, dans le coeur de qui la peur et l’angoisse ont réétabli leurs quartiers, qui mouront tous les jours un peu plus, nous attendons le 3e tour de L’élection. Oui l’élection présidentielle, parce qu’à force de le dire au pluriel, les gens ont fini par être confus. Donc c’est une élection présidentielle, un président, un pays.

*C’est pas moi qui l’ai dit, la république hotelière du Golf est, je crois, une expression du ministre de la Jeunesse de LG. Et c’est bien la 1e fois que je lui reconnais de la finesse d’esprit! Oui oui, ça me coûte de lui faire un compliment.