Il faut que je vous raconte quelque chose qui m’a rendue hyper fiere! Tout d’abord, quand on voit quelles etaient mes priorites lorsque j’ai decide de venir rejoindre l’Om en Norvege, on imagine bien ma relation avec la nourriture.
J’aime manger, j’adore ca, j’ai toujours adore ca, mais disons que cuisiner, jusqu’il y a environ un an, ca n’etait pas mon truc. A l’adolescence, j’ai toujours prefere trainer avec les garcons plutot que de rester dans la cuisine a apprendre, apprendre se resumant a regarder et a faire toutes les petites taches ingrates, sans participer au master plan, en somme, pas pour moi!
Ma mere etait desolee, meme desesperee. Plus d’une fois, elle a dit qu’au jour ou on viendrait demander ma main, elle se defendrait d’avoir tout essaye pour m’interesser aux choses de la maison, pour ne pas avoir a mourir de la honte d’etre la mere de « celle qui a ne sait rien faire de ses dix doigts« , moi. Autant dire que j’etais un peu la risee de ma famille, et que tout le monde aimait bien a plaisanter sur le fait que je ne sache meme pas faire cuire du riz. La ou ma mere trouvait un peu de consolation, c’etait que j’etais bonne a l’ecole (alors ca, des qu’avec ses copines la conversation tournait vers les etudes, elle brillait de toute la gloire d’avoir une Cynthia qui n’avait meme pas besoin de reviser « Elle retient tout, c’est fou » qu’elle leur faisait!) du coup, elle se disait que je finirais par reussir dans la vie et a trouver un mari riche aux gouts raffines qui ne reclamerait pas son foutou-sauce gnangnan tous les soirs!
Je suis donc arrivee en Europe sans savoir cuisiner (j’etais la reine de l’omelette, mais apparemment ca compte pas) (l’alloco, non plus??? bon). Pendant les quasi 5 ans que j’ai vecu a Paris, j’ai appris. Au compteur, riz (permettez moi de vous dire que je suis une experte maintenant, certification recue de ma maman elle meme l’ete dernier), poissons, viandes, sous quasiment toutes les formes, pates, fruits de mer et meme quelques salades. J’ai reussi presque tous les plats que j’ai essaye (sauf le curry rouge au liat de coco thailandais, mais c’etait tres mal explique sur la recette!!!). J’ai appris a faire des nems, je suis la reine du Yassa, mon mari trouve que je fais les meilleurs Chocolate chip cookies du monde, et mon beau pere parle encore de ce thon rouge que j’ai appris a faire sur BBC Food. J’entends toujours les ricanements idiots de mes freres et cousins quand ils appellent et que je leur dis etre en train de cuisiner (d’ailleurs ils demandent toujours avec l’air betement surpris « Jiiiiiiiii tu prepares quoi? hahahah« ), mais bon ici, je suis Cynthia, la fille qui cuisine quoi, y’a pas de doute a ce sujet!
Sauf que quand meme, j’ai toujours eu un peu honte de ne pas savoir faire des plats de chez moi! D’autant plus qu’ici, a moins d’une semaine culturelle africaine, je suis sure de ne pas respirer meme une odeur de foufou ou de tchep pendant des lustres… alors savoir faire, ca m’aurait quand meme bien aidee.
Et puis la semaine derniere, mes beaux parents nous ont ramene du pinnekjøtt. Le pinnekjøtt pour faire court et simple, c’est des travers d’agneaux fumes, sales, seches et recuits sur des bouts de bois au fond d’une casserole (oui il devait etre bien dur de vivre a l’epoque des Vikings!). Je n’arrive vraiment pas a en mange, vraiment trop sale, et l’Om n’est pas non plus ultra fan.
En regardant cette viande deja fumee, bien grasse et delicieusement salee qui allait partir a la poubelle, un petit ange gourmand a dit dans ma tete: « Ca la dans sauce graine! » entendez « Je les imagine dans une sauce a l’huile de palme« … Ni une, ni deux, j’ai saute sur mon ordi, trouve une recette, sorti mes casseroles et commence ma premiere sauce.
Deux tomates, un oignon, 400 g d’huile de palme, 3 CS de djoumgle, env 300g de pinnekjøtt et je-ne-sais-plus-qu’elle-quantite-d’eau plus tard, le resultat etait juste bluffant! Une sauce djoumgble digne de la cuisine de ma maman! Le pinnekjøtt donnait vraiment un delicieux parfum fume, et je n’ai pas eu besoin d’ajouter du sel, celui qui degorgeait de la viande a suffit a l’assaisonement! J’avais deja diner, mais je n’ai pas pu m’empecher de me faire cuire du riz et de savourer ma desormais baptisee « Sauce Djoumble au Pinnekjøtt de Tato* »
Bien sur, j’ai appele maman, folle de joie pour lui annoncer mon exploit! Elle etait tres contente et absolument morte de rire, mais je pouvais l’entendre quelque part dans sa voix, bien fiere de sa petite cherie!
*Tato est l’un de mes multiples surnoms dans ma famille et je trouvais que la sauce Djoumgble de Cynthia, ca ne faisait pas tres exotique… 😉








