… où pourquoi quelques fois, il est dur d’être noirE en Toubabie*.
Il y a des jours comme ça, où l’on devrait rester chez soi. Le problème, c’est qu’on ne sait malheureusement jamais faire la différence entre ces jours là et les jours normaux ou encore les jours de grande chance.
Il y a quelques semaines, je suis sortie avec quelques copines africaines. Quand on considère le déclin de ma vie sociale nocturne depuis la naissance de bébé (euh, depuis la grossesse d’ailleurs…), il est facile d’imaginer l’ampleur de l’évènement.
Ce n’est un secret pour aucune jeune maman, les amis célibataires sans enfant disparaissent les uns après les autres, lassés:
– soit de ne plus pouvoir avoir une conversation normale avec vous, puisque vous devez toutes les trente secondes veiller à ce que rejeton n’ait pas réussi à s’emparer de la fourchette/du couteau/du verre/du sucrier, retirer les clés de la bouche de votre bambine, lui dire pour la 20e fois que c’est la dernière fois que vous lui rendez cette cuillère (même si vous savez pertinemment qu’il n’y a pas de fin au plaisir que cet enfant retire à vous supplicier)
– ou que vous leur montriez la 58e photo du sourire en coin de votre bébé adoré quand il se réveille de sa sieste, etc., etc…
La perspective donc d’une soirée à haute teneur en alcool, en blablas, en conversations légères qu’on oublierait dès que les bouches se refermeraient tombait à pic.
Ajoutez à cela qu’avec ma grande période d’assiduité à la gym (10 jours d’affilée) qui fut suivie de ma gastro salvatrice, l’installation fraiche de mon nouveau kit de cheveux, et le baptême de mes bottines Zara, j’étais purement et simplement une bombasse (l’imparfait de l’indicatif…snif), prête à me laisser entraîner au bout de la nuit.
Comme convenu, nous nous sommes retrouvées chez l’une pour le (oui je décide que c’est un le) vorspiel, un genre d’apéro tardif avant d’aller en boite.
Bien que je sois une asociale patentée, surtout dans une assemblée de filles que je connais peu ou pas du tout, j’ai trouvé la soiréé vraiment sympathique. Okay notre hôte n’avait dans son jukebox que le Cd Simon papa tara de Yannick Noah (que toutes les autres ont refusé d’écouter) et un clip vidéo de Lady Ponce du Cameroun qui est passé en boucle pendant 3 heures et demie, et croyez moi, je voudrais vraiment être en train d’exagérer. Comme quoi, le bonheur, c’est vraiment un état d’esprit!
Vorspiel terminé, les esprits enjoués, les reins prêts à se désaxer, nous nous sommes rendues au cœur de Stavanger, vers le seul club à réputation décente que je n’avais encore pas découvert (il a ouvert peu après que je devienne maman, et vous savez la suite…).
Et là, je commence à chercher ma carte bancaire dans mon sac, carte bancaire qui fait aussi office de carte d’identité, et nada.
Je rigole, je fouille, je me dis que de toute façon ça n’aura pas grande importance, et avant que j’aie le temps de réaliser, le videur me dit que non, sans pièce d’identité, il ne peut pas me laisser entrer. La limite d’age pour y accéder c’est 21 ans voyez vous.
Les filles lui jurent sur tout ce qu’elles ont de plus cher que je suis tout à fait en âge, que je suis même mariée, avec un enfant, mais la situation est tellement ridicule qu’avant que quelqu’un ait l’idée qu’on appelle ma mère pour vérifier, le gentil monsieur nous demande de nous mettre sur le côté parce qu’on bloque le passage.
Rien ne m’emmerde plus que le sentiment de gâcher la soirée des autres et même si toutes me confirment qu’elles ne veulent pas y aller sans moi et que si je rentre nous rentrons toutes, je ne peux m’empêcher de me sentir honteuse. À ce moment là, je me souviens que le meilleur ami de l’Ôm mixe dans un bar et que là bas, j’aurais un sésame imparable.
Je prends le soin de prévenir tout le monde que c’est une soirée electro, donc a priori uniquement peuplée de jeunes (très jeunes) hipsters, et que le Dj n’hésitera pas à nous faire jeter dehors dehors si quiconque s’avisait de lui demander de jouer Waka Waka.
Nous nous installons, et les premières timidités envolées, les filles rejoignent la piste de danse.
J’essaie vraiment d’être bon esprit, mais je n’y arrive pas, cette musique me donne envie de tout sauf de danser, je me cale donc sur une banquette échangeant sourires et grimaces avec le DJ.
Les minutes passent, la musique continue, les filles se lèvent et se rasseyent, la jeunesse norvégienne se déchaîne, et je me dis qu’il faut vraiment qu’un jour on m’explique pourquoi certaines personnes semblent aussi mal assemblées lorsqu’elles dansent!
Je commande un second verre et je vais m’asseoir quelques minutes dehors. Mes amis me manquent, et même si je sais que c’est absolument infaisable, je me dis que je veux rentrer à Paris (et aller danser le Koumanlebe à l‘Alysée club).
Cette pensée me fait sourire, je vide mon verre et repars dans le bar en me disant que dans 5 minutes, j’annonce aux copines que je m’en vais (faites cesser la torture…)
Là, une jeunette de 18-19 ans vient s’asseoir près de moi et me demande si ça me dérange?
Bien sûr que non, et la dessus la conversation s’engage:
– C’est sympa que tu me laisses m’asseoir près de toi, généralement quand j’essaie de parler aux filles noires, elles me font non, non et elles partent.
– Ah bon, c’est étrange, c’est peut être parce qu’elles ne parlent pas la langue
– Non non, même quand je leur parle en anglais. Pourtant je n’ai rien contre elles, j’imagine que c’est dur de quitter leur pays pour venir ici.
– C’est clair, c’est pas facile de vivre à l’étranger
– Oui, ça me révolte tellement qu’elles se retrouvent là, quitter leur pays en pensant trouver un vrai boulot et être contraintes à travailler dans la rue, et à chaque fois, j’essaie de leur parler, de leur dire qu’elles doivent s’enfuir et qu’aucun homme n’a le droit de les forcer à vendre leur corps à des pervers dégoûtants, et qu’ici en Norvège, elles ont des droits et qu’on peut les protéger, mais elles ne veulent pas m’écouter. C’est pour ça que je suis tellement contente de te parler, tu es vraiment la plus sympa!
P.S/ À ce stade là, vous n’imaginez pas mon anéantissement, je suis tellement sur le cul que je me demande si je dois rire ou pleurer… (ou la gifler, pour être vraiment honnête)
– Euhhhhhhh, okay, avant qu’on aille plus loin dans cette conversation, tu sais que je ne suis pas une tapin, n’Est-ce pas?
– Je ne parlais pas de toi, mais tu sais je vois des filles tous les jours près de chez moi… Bla bla bla…
J’ai arrêté d’écouter… J’ai ri 30 secondes et puis j’ai eu très envie de pleurer!
Pour vous mettre dans le contexte, une trentaine de prostituées africaines règnent sur Stavanger, et ont beaucoup fait parler d’elles récemment à cause de violentes querelles dûes à des questions de territoire.
Je suis noire, elles sont noires, certaines personnes n’ont malheureusement pas la capacité de voir plus loin que le bout de leur nez! (Pourtant moi j’ai habité à Paris, j’en ai vu hein des prostituées blanches, mais je ne marche pas dans les rues de l’Europe en me disant que toutes les filles en mini jupe sont des putes!)
Cette gamine, je ne l’ai pas bouffée crue, elle était jeune, complètement ivre et sûrement pleine de bonnes intentions.
Seulement si un jour … hummmmm, un jour… un homme a le malheur de me faire une proposition indécente ou une remarque déplacée, je prie le bon Dieu d’avoir mon sac Alexander Wang avec moi, les clous feront le reste!

Coco Studs
*Oui c’est Gali qui m’a appris à dire Toubabie! Et je trouve ça très joli!